Note sur la réalité vécue par les personnes LGBT en Haïti

Publié: avril 30, 2012 dans Mis à jour

Pour des raisons historiques et économiques, et non culturelles, la compréhension et le vécu de l’homosexualité au sein de la société haïtienne diffèrent largement et paradoxalement des situations américaines ou dominicaines.  On condamne la visibilité de certains homosexuels plus que les pratiques en tant que telles, et ainsi on observe que le discours homophobe critique avant tout l’inversion du genre, c’est-à-dire le fait pour un individu de jouer le rôle sexuel dans son intimité et sexué dans sa vie sociale qui ne lui a pas été attribuée par la norme socioculturelle (pour un individu mâle, se comporter comme une femme, et pour un individu femelle, le fait de se comporter comme un homme).

Le manque d’opportunités économiques pour les jeunes, et la promiscuité dans laquelle la majeure partie de la population vit, empêchent deux évolutions qui seraient pourtant nécessaires pour renforcer l’estime de soi des personnes homosexuelles et leur épargner une partie de l’opprobre. Tout d’abord, la capacité pour un/une jeune adulte de s’émanciper de sa famille, et donc la possibilité de vivre sa sexualité librement et sans crainte. Ensuite, le fait qu’il est très difficile d’entretenir une relation de couple entre personnes du même sexe, dans la mesure où « les autres s’apercevraient de quelque chose ». Les personnes homosexuelles haïtiennes sont donc contraintes de vivre clandestinement et primairement leur identité sexuelle.

L’homophobie force les homosexuels haïtiens à vivre caché, une sexualité réduite le plus souvent à des rapports physiques avec des partenaires différents. Or cette pratique de l’homosexualité, qui est conditionnée par l’homophobie, est la base du discours hétérosexiste et homophobe qui dénonce le prétendu particularisme de l’amour homosexuel, et essentialise la réalité homosexuelle telle qu’elle existe aujourd’hui en Haïti. Nombreux sont les personnes homosexuelles qui adhèrent elles-mêmes à ces discours et considèrent que l’amour entre deux personnes de même sexe n’équivaut pas à celui vécu entre deux personnes de sexe différent, et que dans la pratique le rapport homosexuel est une réplication du rapport hétérosexuel (« Tu joue le rôle de l’homme ou de la femme ? ») : il existe de ce fait une très forte homophobie interne ou personnelle en Haïti.

Face à ce constat, on comprend bien que l’on ne peut pas attendre que le changement se fasse de lui-même car la réalité homosexuelle haïtienne conduit à l’absence d’une communauté LGBT en tant que telle, sûr d’elle-même, et disposant de lieux communautaires pour se réunir et se rencontrer. De ce fait, il est très difficile d’accéder aux personnes LGBT directement, et nous devons donc mener une campagne nationale de communication qui doit à la fois réduire l’homophobie générale mais aussi l’homophobie interne, car ce n’est qu’en réduisant ces deux types d’homophobie que nous parviendrons à voir émerger une communauté LGBT haïtienne réelle et capable de porter un discours politique.

KOURAJ

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