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Déclaration de Montréal, 2006

Publié: août 13, 2012 dans Mis à jour

KOURAJ a décidé de rendre accessible sur son site internet la Déclaration de Montréal, document essentiel datant de 2006, et constituant l’un des fondements théoriques du mouvement international LGBT. Par ailleurs, vous trouverez aussi sur le site de KOURAJ, sous l’onglet ressources documentaires, la déclaration de Jogyakarta. Vous pouvez téléchargez la déclaration en français ici ou en d’autres langues sur le site internet suivant http://www.declarationofmontreal.org/declaration/ 

Déclaration de Montréal

Préambule

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits ». Cette fameuse première phrase de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée il y a presque 60 ans par l’Assemblée Générale des Nations Unies, est encore aujourd’hui l’illustration parfaite des revendications des lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, transexuels, personnes en transition de sexe ou intersexuées.
Le monde a graduellement accepté que les individus soient différents par leurs sexes, leurs races ou leurs origines ethniques, et leurs religions, et que ces différences doivent être respectées et ne pas devenir discriminatoires. Toutefois, plusieurs pays n’acceptent toujours pas deux autres aspects de la diversité humaine : que les gens aient, justement, des orientations sexuelles et des identités de genres différents; que deux femmes ou deux hommes tombent amoureux les unes et les uns des autres et que l’identité personnelle en tant que femme, homme ou ni l’un ni l’autre, n’est pas toujours déterminé par le corps avec lequel ont naît.
Le refus d’accepter et de respecter ces différences a pour conséquence une oppression des LGBT en une réalité quotidienne dans la plupart des régions du monde. Dans certains pays, la discrimination et la violence faite aux LGBT empire tous les jours. Il est vrai que de plus en plus, un peu partout sur notre planète, des individus et des groupes courageux protestent au nom des droits humains des LGBT. Cela est particulièrement le cas en Asie, en Afrique, en Amérique Latine et en Europe de l’Est, où ces personnes n’acceptent plus qu’on leur fasse préjudice ou qu’on les discrimine. Leur impatience croissante les conduit à se révolter afin d’atteindre la paix et l’égalité. Évidemment, les progrès sont divers et jamais automatiques. Au plan mondial, nous constatons à la fois des avancées et des reculs.
Ces avancées dans les exigences des LGBT quant à leurs droits agissent comme des catalyseurs du changement sur l’ensemble de notre planète : les droits doivent être protégés, les lois modifiées, de nouvelles politiques mises en place et les pratiques institutionnelles doivent être adaptées. Les LGBT, en tant qu’individus et groupes, sont les premiers agents de changement. Toutefois, ce combat ne sera pas gagné que si nous sommes capables d’avoir des alliés. Le but de cette Déclaration consiste à dire et à expliquer les changements nécessaires, ainsi qu’à bâtir un plan d’action à l’échelle mondiale.

1. LES DROITS ESSENTIELS

Une première exigence consiste à sécuriser et protéger les droits les plus élémentaires des LGBT, droits qui doivent être bien établis et sans aucune controverse légale.

a) La protection contre la violence d’État et la violence privée

• À l’heure actuelle, neufs pays punissent encore l’homosexualité par la peine de mort, ce qui, peu importe la raison de l’imposition d’une telle sentence, est, en soi, une violation des droits humains.
• En dehors du domaine juridique, nous constatons que dans plusieurs pays la torture et d’autres formes de violence, parfois entraînant la mort, frappent les LGBT simplement parce qu’ils sont des lesbiennes, des gais, des bisexuels ou des transgenres. Ces crimes haineux sont commis par des intervenants privés (avec un soutien actif ou passif d’officiers publics, comme lors de certaines parades gaies), ou par la police, l’armée et même d’autres corps publics. L’augmentation de ce type de crimes contre les LGBT soulève une grande inquiétude; plusieurs États échouent à leur obligation de protéger les LGBT contre cette violence.
• Dans plusieurs parties du monde, des LGBT sont encore forcés d’épouser une personne de sexe opposé contre leur gré et risquent des sentences très lourdes (violence et mort perpétrées par leur propres familles) s’ils essaient d’échapper à ces arrangements. Les mariages forcés sont, indiscutablement, une violation des droits humains qui doit être vaincue.
• Les personnes se déclarant intersexuées confrontent une forme particulière de violence : la mutilation des organes génitaux provoquée par des chirurgies post-natales inutiles afin qu’elles deviennent conformes au modèle binaire traditionnel des caractéristiques sexuelles.

b) La liberté d’expression, d’assemblée et d’association

• Dans un certain nombre de pays, des groupes LGBT de défenses des droits, tout comme des individus, font face à un blocage systématique par les autorités publiques de leurs droits à la libre expression, d’assemblée et d’association. Les parades gaies sont interdites, les journalistes sont emprisonnés, les clubs sont fermées et des ONG ne sont pas reconnues. Sans le droit essentiel pour les organisations non-gourvernementa les LGBT de faire sans restrictions et discrimination, il peut devenir impossible de faire campagne en faveur de la réforme des lois discriminatoires. Les militants LGBT ont le droit d’être protégés et appuyés, tout comme celui de s’exprimer sans peur et sans rétorsion, exactement comme tous les autres êtres humains.

c) La liberté de pratiquer des relations sexuelles entre personnes consentantes et adultes de même sexe

• Soixante-quinze pays, soit plus du tiers des pays dans le monde, ont encore des lois criminalisant les relations sexuelles entre personnes adultes et consentantes de même sexe; pratique qui ne lèse personne. Selon les critères internationaux des droits humains, il s’agit d’une violation du droit à la vie privée telle que reconnue par le Comité des Nations Unies sur les Droits de l’Homme dans sa décision Toonen en 1994. Il s’agit également d’une discrimination puisqu’on refuse de reconnaître aux LGBT leurs droits à la dignité et à l’égalité. Même lorsque de telles lois ne sont que faiblement appliquées en pratique, elles stigmatisent, perpétuent des préjugés, encouragent le chantage et l’intimidation et, finalement, servent de justifications pour l’exercice d’autres formes de discriminations.
– Nous pressons la communauté internationale de faire pression sur les gouvernements des pays qui continuent de violer les droits essentiels des LGBT.
– Nous exigeons un arrêt immédiat des condamnations à mort à l’échelle mondiale et plus spécifiquement dans les cas de « soi-disant crimes » liés aux relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe.
– Nous exigeons que les gouvernements et les organisations internationales développent et implantent des politiques effectives de prévention, d’enquête et de punition contre les crimes haineux basés sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.
– Nous exigeons que les interventions chirurgicales sur les organes génitaux des personnes intersexuées soient interdites jusqu’à ce que ces dernières soient en âge de comprendre et de consentir à un tel geste.
– Nous exigeons que les organisations internationales (sur le plan mondial et régional) effectuent un relevé systématique de la situation des droits humains des LGBT et rendent largement public ces résultats.
– Nous demandons à la communauté internationale de protéger et de soutenir politiquement, ainsi que financièrement, les organisations et les individus voués à la défense des droits des LGBT, en particulier dans les pays où les personnes craignent pour leur vie et leur sécurité quotidienne.
– Nous exigeons que les gouvernements nationaux et les organisations internationales rendent leurs aides internationales conditionnelles au respect des droits humains, y compris celui des LGBT.
– Nous exigeons l’abolition des lois criminalisant les relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe.

2. LES ENJEUX MONDIAUX

Un monde dans lequel les droits humains des LGBT sont constamment violés est un monde où personne ne peut se sentir en sécurité ni libre. « Tous les droits humains sont universels, indivisibles, interdépendants et intereliés » (Conférence mondiale sur les Droits humains, Wien, 1993).
Les LGBT, tout comme leurs activités, existent et continueront d’exister dans toutes les cultures et tous les lieux de notre planète; ils font tout simplement partie de la condition humaine. Combattre l’ignorance et l’injustice demeure notre priorité. Plus d’information sur les LGBT, ainsi que plus de visibilité de leur part (lorsque cela peut se faire en toute sécurité) sont les conditions d’un progrès futur.
– Nous réclamons une campagne mondiale d’information.
– Nous demandons aux organisateurs de la présente Conférence internationale sur les droits humains des LGBT de lancer une telle campagne lors des 2es Outgames mondiaux Copenhague 2009.
– Nous réclamons le soutien des ONG et la sympathie active des gouvernements dans la préparation et la mise en place de cette campagne.
Les LGBT ne vivent par sur une île isolée, mais font partie intégrante de toutes les sociétés. Ils s’attendent à recevoir une considération à leurs demandes pour la mise en application de politiques publiques. En conséquence, les droits humains des LGBT doivent être discutés dans les débats mondiaux sur les enjeux sociaux et politiques. Cela ne peut se faire que si le mouvement LGBT international participe lui-même à des combats plus larges, comme celui pour le développement du commerce mondial équitable, les droits sociaux et économiques mondiaux ou la lutte pour la paix et la stabilité à l’échelle mondiale. La défense et la promotion des droits humains des LGBT peuvent paraître loin des priorités de ceux, qui à travers le monde se battent contre la pauvreté ou la violence sur une base journalière.
Mais, travailler à surmonter ces inéquités devrait, justement, aussi inclure la lutte des LGBT pour de meilleures conditions de vie.
L’un des défis majeurs que nous confrontons est celui de la pandémie du sida/VIH. L’objectif Numéro 6 de développement de l’ONU, « Arrêter la progression du sida/VIH et commencer à renverser sa dissémination », a été endossé par 189 chefs d’États et de gouvernements en l’an 2000, avec la date butoir de 2015. Cela ne peut réussir que par une approche basée sur les droits humains, incluant ceux des LGBT. Criminaliser les activités sexuelles entre personnes de même sexe, enlever le droit d’expression aux LGBT, qui est encore d’usage dans de nombreux pays, ont une incidence directe sur la prévention du sida/VIH. L’accès à l’information, aux services de santé adéquats et à l’élimination de la violence, ainsi que de la discrimination, sont les éléments cruciaux pour la prévention et le traitement de cette maladie.
– Nous pressons les gouvernements pour qu’ils cessent de contrecarrer les groupes LGBT qui diffusent de l’information sur la prévention et le traitement du sida/VIH et, au contraire, qu’ils en prennent la responsabilité conjointe.
– Nous pressons les pays et les organismes donateurs à enrichir leurs programmes internationaux pour la prévention, ainsi que travailler de concert avec les individus et groupes LGBT sur le plan local, afin que nos communautés ne soient pas exclues de cette aide.
– Nous exigeons que soient levés les restrictions basées sur la morale, y compris celles liées à l’usage du condom, dans les fonds dédiés à l’éducation, à la prévention et au traitement du sida/VIH. Le droit d’asile est un autre défi mondial. Notre but premier consiste à oeuvrer pour que, dans chaque pays, les LGBT aient de bonnes conditions de vie. Ainsi, ces personnes décideront de rester dans leur pays et le fuiront pas de peur pour leur vie. Cependant, chaque pays a l’obligation de donner asile aux personnes persécutées sur la base de leur religion, de leur race ou de leurs opinions politiques. Les LGBT ont aussi une raison valable de craindre la persécution, par des acteurs d’État ou des acteurs privés. En raison de leur orientation sexuelle ou d’identité de genre, ils doivent pouvoir compter sur la protection définie dans la Convention de Genève sur les réfugiés de 1951. De plus en plus de pays d’ailleurs interprètent la convention en ce sens tout comme le fait le Haut-commissariat des Nations Unies pour les réfugiés. Nous croyons que plus de pays devraient les imiter.
– Nous exigeons que les gouvernements reconnaissent explicitement dans leurs lois et pratiques le « droit d’asile » lorsqu’une raison valable fait craindre la persécution en raison de l’orientation sexuelle.
– Nous exigeons que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés augmente ses pressions afin que plus d’États mettent en application le « Guide sur la persécution liée au sexe » adopté en 2002.
Le troisième défi à l’échelle mondiale concerne la migration. Les frontières rapetissent de plus en plus, plus de gens voyagent, se font des amis et deviennent amoureux, parfois des partenaires. Pourtant, la plupart des pays rejettent le droit d’immigration à l’un des partenaires dans les couples de même sexe, ce qui est acquis pour les couples de sexe différent. Même les couples de même sexe qui ont des certificats de mariages ou sont enregistrés comme conjoints dans le pays d’origine de l’un des partenaires, ne peuvent être certains que ce statut soit garanti lorsqu’ils émigrent.
– Nous exigeons de nos gouvernements respectifs le droit à la résidence pour nos partenaires venant d’ailleurs et ce dans les mêmes conditions que les couples traditionnels mariés, c’est-à-dire sans discrimination basée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre.
– Nous exigeons que les traités internationaux en ces matières soient amendés et qu’ils donnent aux couples de même sexe les mêmes droits qu’aux couples de sexe différent.
Les Nations Unies ont, jusqu’à ce jour, étés incapables de reconnaître que les droits humains des LGBT sont des droits humains et ainsi, de les incorporer dans leurs travaux reliés à ce domaine. Certains rapporteurs spéciaux de l’ONU ont pris nos droits en perspective. Toutefois en 2005, la Commission de l’ONU sur les Droits Humains a refusé, pour la troisième fois, de prendre position sur la résolution du Brésil sur « Les Droits humains et l’orientation sexuelle ». Et en 2006, le Conseil économique et social de l’ONU a refusé, pour la troisième fois, de conférer un statut d’organisme consultatif à ILGA – l’Association internationale des lesbiennes et des gais – comme en 1992 et 1994 (alors que le statut conféré en 1993 a été suspendu). Nous allons continuer à frapper à la porte de l’ONU. Nous n’acceptons pas qu’une organisation puisse être fermée à une partie spécifique de la population mondiale et puisse ainsi décider qu’elle ne veut rien savoir de leurs problèmes.
– C’est pourquoi nous pressons les gouvernements de prioriser les droits des LGBT dans l’agenda du tout nouveau Conseil des Droits humains de l’ONU, d’y travailler à l’adoption d’un texte qui donne un mandat à ce conseil, ou à toute autre entité de l’ONU, de considérer les droits des LGBT comme faisant partie intégrante de son mandat.
– Nous exigeons que ILGA, ainsi que d’autres organisations LGBT, soient reconnue au même titre que d’autres ONG par le Conseil des Droits humains.
– Nous pressons le Comité des Nations Unies sur les Droits de l’Homme, tout comme d’autres instances, d’intégrer une surveillance systématique des droits humains des LGBT dans leur travail.
– Nous appelons les juristes, les organisations de défense des droits et les ONG a poursuivre l’étude comparative sur la protection des droits des LGBT dans les traités internationaux sur les droits humains existants. Ceci enrichirait certainement la discussion quant à la pertinence d’en arriver à une « Convention des Nations Unies pour l’élimination de toutes les formes de discriminations liées à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle ».
– Nous pressons l’ONU afin que toutes ses Procédures spéciales intègrent dans leurs mandats les questions relatives aux droits humains des LGBT.

3. LA DIVERSITÉ DE LA COMMUNAUTÉ LGBT

Notre demande que la majorité hétérosexuelle et non-transgenre respecte les droits humains et la diversité des LGBT, ce qui ne s’arrête pas à notre propre porte. Nous avons aussi le devoir de construire une communauté LGBT qui soit ouverte à tous, qui offre des chances égales à tous, sans égard à leur sexe, leur race, leur religion, leur handicap, leur âge, leur statut économique ou toute autre différence.

Nous devons combattre la discrimination dans nos propres rangs. Nous ne pouvons tolérer ni le sexisme ni le racisme dans notre communauté. Nous sommes musulmans, chrétiens, juifs, bouddhistes, hindouistes, sikhs, noncroyants… et humanistes. Parmi nous existent des différences d’âge, de classes sociales, de statut économique ou physique.
La visibilité et le militantisme croissant des associations LGBT dans les pays du Sud doivent être pris en compte. Nous devons augmenter nos efforts afin que les militants d’Asie, d’Afrique, d’Amérique Latine et d’Europe de l’Est puissent participer sur un pied d’égalité dans notre communauté. À long terme, et selon nos ressources, la représentation du Sud doit augmenter dans les conférences internationales LGBT. Nous ne devons pas oublier que 88 % des LGBT vivent dans ces régions.
L’inégalité faite aux femmes au sein même de notre communauté est le reflet malheureux de la discrimination dont l’ensemble du sexe féminin souffre dans le monde entier. Malgré tous les progrès réalisés depuis les dernières décennies, les femmes sont encore le deuxième sexe, et les lesbiennes n’y font pas exception. Il nous faut augmenter la coopération avec les mouvements des femmes et capitaliser sur nos bases communes. Nos convergences s’établissent dans notre droit de contrôler nos propres corps et de choisir comment nous voulons vivre nos propres vies. Notre but commun consiste à casser la rigidité fixée dans les rôles alloués aux femmes et aux hommes, ainsi que la domination et les normes établies dans l’intérêt des mâles hétérosexuels. Ces convergences avec le mouvement féministe ne sont pas marginales, mais forment le coeur même de la lutte des mouvements en faveur des droits humains.
Les transgenres, transsexuels, intersexués et personnes en transition de sexe sont de plus en plus visibles et font partie de notre communauté qui commence à tenir compte de plusieurs de leurs demandes. Les lesbiennes, gais et bisexuels doivent reconnaître que le questionnement de la signification de son sexe et la mise en cause des rôles sexuels rigides sont en fait les deux côtés de la même médaille. C’est pourquoi les défis que confrontent les transgenres doivent être considérés comme partie intégrante de nos luttes pour l’égalité et la dignité.
– Nous recommandons que les organisations LGBT internationales accroissent leurs banques de candidatures à des positions de leadership en offrant des formations, des séminaires d’information aux militants du Sud et d’Europe de l’Est, aux femmes, aux hommes et aux transgenres.
– Nous demandons aux organisateurs de la prochaine Conférence des 2es Outgames mondiaux Copenhague 2009 de faire un effort extraordinaire pour atteindre l’objectif d’une égale participation hommes-femmes, d’augmenter le nombre de participants du Sud, ainsi que ceux issus des minorités ethniques et culturelles, et d’assurer une pleine inclusion aux transgenres et à leurs enjeux.
– Nous souhaitons également qu’il y ait plus d’ateliers touchant le rôle des femmes à l’intérieur comme à l’extérieur de notre mouvement, ainsi que sur les moyens d’augmenter la coopération avec le mouvement féministe.

4. LA PARTICIPATION DANS LA SOCIÉTÉ

a) En général

Dans de nombreux pays, la lutte contre les lois et les pratiques discriminatoires, commencé il y a plus de 50 ans, a connu des succès. Nous pouvons être fiers des victoires du mouvement international des droits humains des LGBT. Les plus notoires sont :
– l’élimination de l’homosexualité de la liste officielle des maladies psychiatriques;
– la longue liste des pays qui ont éliminé les lois criminelles discriminatoires;
– les nouvelles dispositions constitutionnelles qui mentionnent spécifiquement l’orientation sexuelle comme un droit;
– le nombre grandissant de pays, États, provinces, territoires ou villes qui ont aboli la discrimination basée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre;
– le nombre de pays, encore peu nombreux, mais grandissant, à avoir légalisé le mariage entre personnes de même sexe;
– ceux, en nombre plus important, qui reconnaissent l’enregistrement légal des partenaires de même sexe;
– l’augmentation du soutien de l’opinion publique dans plusieurs pays qui permet ouvertement à des artistes ou des politiciens, par exemple, de vivre en plein jour;
– ce même changement des opinions publiques qui permettent aux LGBT de vivre leurs vies telles qu’ils l’entendent et sans peur;
– l’augmentation du nombre d’entreprises privées, y compris des organisations internationales, des syndicats ou des ONG, qui prennent leurs responsabilités en exigeant la protection des droits humains des LGBT dans leur travail régulier.
MAIS…
Ces réussites ne sont qu’un côté de la médaille et ne valent que pour une petite partie de la planète. Bien plus doit être accomplis. Tous les secteurs de nos sociétés doivent être scrutés afin d’en extraire les lois et pratiques qui continuent à meurtrir la participation égalitaire, libre et ouverte des LGBT à la société. Parmi ces secteurs, certaines priorités doivent être avancées par notre mouvement dans chaque pays, dépendant des circonstances locales particulières.
• Nous exigeons que tous les gouvernements développent et implantent des politiques valables dans tous les secteurs de la société afin de combattre la discrimination basée sur l’orientation sexuelles et l’identité de genre. Ceci devrait se faire, de préférence, dans un cadre plus général d’élimination de toute forme de discrimination dans tous les aspects de la vie, mais sans cacher celle qui touche les LGBT.
• Nous exigeons que de telles politiques mettent l’accent, à la fois sur l’égalité juridique, mettant ainsi fin à l’existence de citoyens de seconde classe, et sur l’égalité sociale pour permettre de combattre ce fléau partout, y compris dans les organismes privés.
• Nous exigeons que nos parlements nationaux tiennent leur gouvernements responsables à ce sujet afin de garantir les droits de tous les citoyens, y compris ceux des LGBT;
• Nous exigeons que les experts et les organisations LGBT soient impliqués dans la préparation et l’application de telles politiques et que leurs effets soient analysés;
• Nous exigeons que les problématiques touchant les LGBT soient notoirement incluses dans la préparation des lois. Cela signifie que les éventuels effets sur les LGBT soient identifiés et pris en compte avant que les décisions se prennent;
• Nous pressons les organisations LGBT à un mandat international de :
– poursuivre le relevé des diverses politiques nationales quant à nos droits;
– créer des indicateurs de progrès comparables et d’améliorer leurs bases de données
documentant les diverses législations et pratiques à travers le monde;
– diffuser l’information quant aux meilleures pratiques.

b) Par secteurs

Le traitement équitable dans l’emploi ou les affaires est une donnée essentielle pour que les LGBT, en tant qu’individus, puissent mener une vie entière, productive, économiquement indépendante et avoir une estime de soi. Tous doivent combattre la discrimination basée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les milieux de travail et nous devons travailler ensemble sur des programmes bien précis dont on peut mesurer les effets.
• C’est pourquoi nous endossons les plans d’action adoptés hier durant la conférence « Workers Out ! » et «
Out for Business » et appuierons les activités qui y feront suite.
• Nous exigeons que les gouvernements et les corps publics donnent l’exemple en éliminant les pratiques discriminatoires faite à leurs employés LGBT et en fassent la promotion de l’égalité des droits en milieu de travail.
Les LGBT ne consistent pas en des êtres isolés. Ils tombent amoureux, établissent des liens d’amitiés et familiaux, quelque soit la forme. Pour plusieurs d’entre nous, ces relations familiales sont la chose la plus importante dans nos vies. Tant que nos droits à l’égalité ne seront pas acquis légalement, notre dignité ne sera pas réelle ni assurée. Il est vrai que beaucoup de pays veulent nous accorder l’égalité dans tous les domaines de la vie, sauf dans les relations touchant à la famille, nous stigmatisant ainsi comme être inférieur à la norme établie. Les couples de même sexe sont en droit de choisir toutes les options reconnues aux couples traditionnels, y compris le mariage pour ceux qui le désirent. Cela consiste en un simple droit à l’égalité. De façon similaire, les LGBT, individuellement ou en couples de même sexe, qui sont parents, ou qui veulent le devenir, ont droit au même traitement de parentalité que les hétérosexuels, incluant l’adoption, la garde des enfants et l’usage des moyens reconnus de procréation assistée.
Reconnaître les changements survenus dans les réalités familiales en reconnaissant les relations non maritales exige également que cette reconnaissance soit étendue à tous les couples, peu importe leur orientation sexuelle ou identité de genre.
• C’est pourquoi nous exigeons que tous les gouvernements qui ne l’ont pas encore fait, réforment fondamentalement leur lois familiales pour qu’elle reflètent la diversité :
– en rendant légal le mariage entre personnes de même sexe;
– en légalisant aussi les partenariats qui unissent des couples non mariés;
– en laissant à tous le droit de choisir leur type de parentalité.
Les institutions en éducation, religions, le rôle des médias et les services de soins de santé sont d’une importance cruciale pour la réussite du combat des LGBT pour leurs droits humains. Chacune des institutions à son rôle à jouer et sa contribution à donner.
• Nous exigeons que les autorités gouvernementales compétentes (nationales ou locales) en charge des politiques d’éducation, incluant les commissions scolaires :
– incluent des cours sur les droits humains des LGBT dans le cursus scolaire;
– adoptent des plans d’actions pour combattre l’intimidation et la violence faite aux élèves et aux
éducateurs LGBT.
• Nous exigeons que les médias traditionnels contribuent à briser les stéréotypes et donnent une juste place aux LGBT.
• Nous exigeons que les services de soins de santé et ceux qui les administrent soient ouverts aux traitements spéciaux que nécessitent certains LGBT, qu’ils combattent l’injustice et diffusent l’information sur une base non-discriminatoire.
• Nous exigeons que les gouvernements permettent la pratique de tous les traitements nécessaires aux changements de sexe, qu’ils financent ceux-ci dans la même mesure qu’ils le font pour d’autres traitements médicaux, et qu’ils amendent leur lois afin de permettre aux transgenres de changer de sexe légalement afin de correspondre à leur identité de genre.
• Nous exigeons que les institutions religieuses, tout comme les organisations non-confessionnelles, de mettre en pratique leurs principes de tolérance et d’égalité pour les LGBT qui sont dans leurs rangs et de contribuer à la lutte mondiale pour les droits humains des LGBT.

5. PROVOQUER LE CHANGEMENT SOCIAL

Les changements légaux, politiques ou sociaux qui nous amènent à l’égalité des droits ne sont pas du seul intérêt des LGBT. Dans une société où il existe des oppressés, personne ne peut se sentir vraiment libre et égal. Provoquer le changement que nous désirons doit être le résultat des efforts combinés du mouvement LGBT et d’autres groupes ou organisations qui partagent notre vision et notre objectif.
• Nous appelons les organisations LGBT à poursuivre leur lutte pour nos droits humains, dans tous les pays comme à l’échelle internationale, en :
– mobilisant leur membres et supporteurs, en élargissant leurs territoires et en augmentant leurs bases financières;
– en faisant la promotion d’une meilleure coopération, coordination et solidarité entre les communautés LGBT agissant sur un même territoire ou à travers le monde;
– informant plus de LGBT et de non-LGBT du besoin d’action mondiale, et à travers leur sens de la solidarité;
– construisant des alliances stratégiques et de coopération avec de nouvelles institutions oeuvrant dans le domaine des droits humains;
– en renforçant leur expertise et leur professionnalisme;
– en encourageant les activités culturelles LGBT afin de pouvoir montrer et diffuser toute la réalité de la culture LGBT.
• Nous appelons les syndicats, les organisations professionnelles et les ONG oeuvrant à la promotion des droits humains et sociaux à joindre notre combat contre la discrimination, de nous donner leur appui et de partager leurs ressources.
• Nous appelons les entreprises et les multinationales à donner des chances égales à leurs employés, à se préoccuper des besoins de leur clientèle LGBT et à assumer leur rôle social en appuyant la lutte mondiale pour nos droits humains.
• Nous appelons les institutions religieuses ou non-confessionnelles à aider leurs adhérents LGBT à surmonter les préjudices traditionnels et à combattre l’homophobie dans leurs rangs, ainsi que partout ailleurs.
• Nous appelons les fondations et mécènes à s’assurer que les programmes d’aide soutiennent les ONG qui oeuvrent en faveur de l’égalité des droits des LGBT et des objectifs de cette Déclaration.
• Nous pressons les gouvernements de protéger et de promouvoir les droits de tous leurs citoyens, y compris ceux des LGBT.
• Nous pressons la communauté internationale d’inclure les droits humains des LGBT dans l’agenda international des droits humains, ainsi que de protéger et d’appuyer les défenseurs de nos droits.
• Nous pressons les dirigeants sportifs partout à travers le monde pour que la communauté LGBT puisse participer ouvertement et pleinement, sans discrimination aucune, aux activités sportives.
• Et enfin, mais non le moindre, nous appelons tous les pays du monde et les Nations Unies, à déclarer que le 17 mai de chaque année est LA JOURNÉE INTERNATIONALE CONTRE L’HOMOPHOBIE, et d’en faire la promotion.
Voilà ce que sont nos demandes. Leur accomplissement exigera un courage extraordinaire, des sacrifices personnels et des heures incalculables de travail de la part de milliers de militants LGBT et de nos amis. Il reste que notre but, que les droits soient égaux pour les LGBT dans tous les pays du monde, peut et doit être atteint.

 

 

 

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Nombreux sont ceux qui en Haïti et à l’étranger se posent la question de la raison pour laquelle, alors que l’acronyme LGBT est de plus en plus répandu et semble faire sens universellement, KOURAJ a décidé de parler de Communauté M (Masisi, Madivin, Makomer, Mix).

1) Ce que nous disent les mots

La notion de LGBT ne correspond pas à la réalité haïtienne. La majorité des personnes s’identifiant comme ne faisant pas partie de la norme identitaire sont Masisi, Madivin, Makomer ou Mix. La forte acculturation vécue par Haïti à travers la présence des organisations, institutions internationales et sa relation privilégiée avec les Etats-Unis a laissé penser que Masisi, Madivin, Makomer et Mix, étaient tout simplement les équivalents péjoratifs créoles de LGBT.

Un Masisi serait plutôt l’équivalent d’un inverti dans la mesure où c’est l’inversion du genre qui est condamné par son usage, plus précisément, un Masisi n’est pas une personne homosexuelle de sexe masculin, mais une personne de sexe masculin qui socialement et/ou dans sa vie sexuelle joue un “rôle féminin”.

Une Madivin est une personne de sexe féminin qui a des rapports sexuels homosexuels, même de façon épisodique. Autrement dit toute personne hétérosexuelle de sexe féminin ayant des rapports sexuels homosexuelles sera aussi considérée comme une Madivin. La notion de Madivin ne correspond pas à la notion identitaire de Lesbienne en cela qu’elle est bien moins totalisante.

Un Makomer est une personne de sexe masculin ayant une identité radicalement féminine. La Makomer dans la culture haïtienne est la marraine, celle qui s’occupe de l’enfant et joue le rôle sociale essentielle de mère, en cela elle est l’essence de la féminité. On appellera Makomer une personne de sexe masculin si son identité est féminine. Ni la notion de Transgenre, ni celle de Transsexuel MTF (Male to Female) ne constituent des équivalents adéquats. Ce terme ne qualifie pas le cas inverse d’une personne de sexe féminin ayant une identité radicalement masculine, et nous ne sommes pas encore certains du terme le plus approprié pour décrire ce phénomène. Le Mouvement M attend d’être rejoint par une ou plusieurs personnes correspondant à ce phénomène avant de prendre une décision concernant le terme le plus approprié à utiliser.

Une personne Mix est une personne qui a des pratiques sexuelles homosexuelles et hétérosexuelles. Il ne s’agit cependant pas d’une identité, la plupart du temps, les individus dans ce cas, qui constituent par ailleurs la large majorité de la Communauté M, s’identifieraient en tant qu’hétérosexuels, c’est-à dire ni Masisi, ni Madivin, ni Makomer. La compréhension de la notion d’Hétérosexualité est ainsi bien différente de celle commune en Occident, elle signifie simplement appartenir à la norme, c’est-à-dire jouer un rôle social hétérosexuel et être perçu comme hétérosexuel. Les personnes s’identifiant comme hétérosexuelles ne sont donc pas nécessairement hétérosexuelles au sens où on l’entendrait aux États-Unis ou en Europe, mais signifient par cela qu’elles vivent publiquement une vie normale, impliquant le mariage avec une personne du sexe opposé et le fait d’avoir des enfants.
Nous pouvons légitimement nous demander si les notions d’hétérosexualité et d’homosexualité telles que nous les entendons aux États-Unis ou en Europe sont répandues et comprises comme telles au sein de la population haïtienne. En effet, la société haïtienne est bien plus catégorisée entre les “vrais hommes et les vraies femmes” qui suivent un parcours de vie traditionnelle et les “faux” qui seront appelés Masisi, Makomer, ou Madivin. La catégorisation se fait au plan de la visibilité et pas à celui de l’identité sexuelle, c’est pourquoi utiliser les notions d’Hétérosexualité et d’Homosexualité pour comprendre et agir sur la réalité haïtienne n’est pas performant. La meilleure catégorisation serait peut-être de parler de personnes Queer et non-Queer socialement mais la théorie queer en tant que théorisation alternative des identités sexuelles et de genre ne peut pas être employée en Haïti car la catégorisation de la société haïtienne s’appuie sur l’apparatus social et non pas sur l’identité des individus.

2) La nécessité de faire un choix

En raison de la forte dysphorie entre la notion de LGBT, celles d’Hétérosexualité et d’Homosexualité et la réalité haïtienne, nous sommes dans la nécessité de faire un choix. Soit accepter cette acculturation qui pourrait transformer la Communauté M et la réorganiser en Communauté LGBT sur le long terme, soit la refuser. KOURAJ en raison de sa forte indépendance et du rôle critique qu’elle joue dans la société haïtienne a décidé de rejeter cette importation terminologique, car elle s’engage à changer aujourd’hui la société haïtienne afin que plus aucune personne ne soit privée de la pleine jouissance de ses droits humains en raison de son orientation sexuelle ou de son identité de genre.

Baser sa politique et ses actions sur les notions de LGBT et la catégorisation entre hétérosexuel et homosexuel, reviendrait à signifier que les actions de KOURAJ ne seraient efficaces qu’à condition que nous puissions parvenir à une adéquation de la culture haïtienne avec cette terminologie. Cela signifie attendre encore dix ans peut-être plus, or la réalité haïtienne est que nous sommes dans l’urgence, car de nombreux groupes homophobes inspirés par des théories développées aux États-Unis ou en Europe cherchent à accélérer cette acculturation à leur profit en divisant la population haïtienne entre les hétérosexuels, normaux, et les homosexuels, anormaux.

KOURAJ a été créé pour répondre à cette évolution et en inverser la tendance. La société haïtienne devient de plus en plus homophobe et est passé du stade où elle dénonçait les pratiques à celui où elle dénonce et condamne les individus eux-mêmes. Ce changement radical a des conséquences majeures sur la vie des personnes M qui sont progressivement exposées à des discriminations de plus en plus violentes.
La stratégie la plus efficace n’est donc pas de récupérer l’héritage du mouvement américano-européen en essayant de sauter les étapes et de passer directement de l’inexistence d’une communauté LGBT à sa création mais bien plutôt de traiter avec la réalité haïtienne et d’imposer une terminologie au service des personnes M.

Lorsque la discrimination d’un groupe est normale et passe par l’usage de certains termes, il y a au moins deux possibilités. Changer radicalement les mentalités de façon à ce que la population arrête d’employer les mots qui symbolisent et réifient la différenciation du groupe visé ou bien changer directement la connotation de ces mots. KOURAJ a choisi de suivre cette seconde stratégie, considérant d’une part que l’énergie humaine et technique nécessaire à bannir du langage haïtien les termes tels que Masisi, Madivin, Makomer et Mix serait trop importante, mais surtout parce que aucun autre terme existant n’est satisfaisant.

La stratégie de KOURAJ aura au moins deux conséquences directes, tout d’abord faciliter l’affirmation de la Communauté M en réduisant la négativité des noms qu’on donne à ses membres en Haïti, permettant ainsi à une personne étant appelé Masisi dans la rue ou dans sa famille de ne plus se sentir insulter et de s’approprier ce terme. Mais surtout briser tous les stigmas associés à ces termes, et notamment la prostitution, le VIH/SIDA et la pédophilie. En effet, si la personne Masisi endosse avec fierté ce mot, et s’identifie à lui, le terme en lui-même ne pourra plus être associés à ces stigmas et la population haïtienne sera contrainte de dissocier la notion de Masisi et les stigmas qu’elle y avaient accolés.

L’équipe de KOURAJ


Par le Rev. Elder Don Eastman Copyright 1990 Los Angeles, presse de l’Universal Fellowship


1) L’homosexualité et l’église :
Le terme le plus beau dans l’Évangile du Christ est : « quiconque ». Toutes les promesses de Dieu sont adressées à chaque être humain. Ceci inclut les gays et les lesbiennes. Quelle tragédie d’avoir vu les églises chrétiennes persécuter des personnes homosexuelles. Nous sommes tous créés avec un besoin vital de relation avec autrui. Notre qualité de vie dépend de l’amour que nous partageons avec notre prochain et notre prochaine, que ce soit la famille ou des amis (-ies), des compagnons ou autres personnes. Encore aujourd’hui, les homosexuels sont souvent confrontés à des attitudes hostiles qui les empêchent d’accéder à des relations saines. Jésus-Christ nous appelle à trouver un sens ultime à travers une relation personnelle et intime avec notre Créateur.

Cette importante union spirituelle peut apporter la guérison et des forces pour toutes nos relations humaines.

2) Ni un péché ni une maladie :
Pendant plusieurs siècles, l’attitude de l’église chrétienne envers la sexualité humaine était très négative; la relation sexuelle était envisagée uniquement en vue de la procréation, non pour le plaisir ; les femmes et les esclaves étaient considérés comme étant la propriété d’hommes et, les diverses expressions hétérosexuelles et homosexuelles étaient considérées comme coupables. De telles traditions continuent encore souvent à influencer les églises d’aujourd’hui. Certaines enseignent que la femme devrait être subordonnée à l’homme, favorisent des formes de discrimination envers les gens de couleurs et condamnent à l’égard des homosexuels (-elles). Elles disent que tous les actes homosexuels sont coupables, et se réfèrent souvent à leur interprétation de l’Écriture.

D’autres églises sont aujourd’hui influencées par un siècle de réflexions psychanalytiques nourries par des minorités influentes dans le milieu médical. Ils considèrent l’homosexualité comme une forme de maladie, bien que, actuellement, leurs propos soient complètement discrédités par le corps médical. Quelques églises et ministres continuent d’être influencés par cette idée, disant que les homosexuels ont  » une structure sexuelle inachevée  » et nécessitent une guérison.

La bonne nouvelle est que, depuis 1968, date à laquelle l’Église MCC a été fondée, l’émergence d’une solide communauté de gays et de lesbiennes et les conclusions de nouvelles études scientifiques ont forcé les églises chrétiennes à réexaminer ses positions. Un nombre croissant de spécialistes bibliques et de théologiens reconnaissent maintenant que les Écritures ne condamnent pas la relation homosexuelle responsable, adulte et pleine d’amour.

C’est pourquoi, les gays et les lesbiennes doivent être acceptés, comme tels, dans les églises chrétiennes, et la relation homosexuelle doit être reconnue, respectée et soutenue.

3) Quel est le péché de Sodome?
Dans Ézéchiel 16, 48-50, il est clairement dit que le peuple de Sodome, comme un grand nombre de personnes aujourd’hui, possédait des biens matériels en abondance. Mais il refusa de subvenir aux besoins des pauvres et rendit des cultes aux idoles. Les pêchés d’injustice et d’idolâtrie tourmentent chaque génération.

Nous nous plaçons sous le même jugement, si nous créons de faux dieux et si nous traitons notre prochain avec injustice.

4) Le Lévitique 18, 22 et 20,13:
Les chrétiens aujourd’hui ne suivent pas les règles et les rites consignés dans le livre du Lévitique.

Certains ignorent leur propre impureté quand ils citent le Lévitique pour condamner les homosexuels (-elles). Un tel abus de l’Écriture déforme le sens de l’Ancien Testament et nie le message du Nouveau Testament. « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, cela serait une abomination. »

Ces mots apparaissent uniquement dans le code sacré du Lévitique, un manuel de rituels pour les prêtres d’Israël. Leurs sens peuvent seulement être pleinement compris dans un contexte socio-historique de l’ancien peuple hébreu. Israël, qui avait une place unique en tant que peuple élu par le Dieu, devait éviter les pratiques des autres peuples et les croyances polythéistes. La religion hébraïque, caractérisée par la révélation d’un Dieu unique, se trouvait en tension continuelle avec la religion des Cananéens environnants, qui adoraient de multiples dieux de la fertilité. Le culte idolâtre des Cananéens était caractérisé par une prostitution cultuelle masculine et féminine, ceci est cité dans le Deutéronome 23, 17. Ce comportement compromettait à maintes reprises la fidélité et la loyauté d’Israël envers Dieu.

Dans certaines versions de la Bible, le mot hébreu  » qadesh », qui traduit l’attitude cultuelle liée à la prostitution, fut faussement traduit par  » sodomie ».

5) -Qu’est-ce qu’une « abomination » ?
Une abomination est ce que Dieu trouve détestable parce qu’il y a eu une relation impure, (comme le viol, l’exploitation d’autrui, etc.), un manque de loyauté, ou une injustice.

Plusieurs mots hébreux traduisent ce terme. Nous les trouvons dans le Lévitique sous le nom de « toevah », ce qui est habituellement associé à l’idolâtrie, comme dans Ézéchiel, où il apparaît plusieurs fois.

Étant donné l’étroite association du mot toevah avec les pratiques idolâtres et religieuses cananéennes de la prostitution cultuelle, l’utilisation de toevah concerne uniquement la relation sexuelle entre personnes du même sexe. L’utilisation de ce terme, dans le Lévitique, remet en question la condamnation qui était appliquée aux sentiments amoureux adultes, consentants entre personnes du même sexe.

Un certain nombre de rituels et de règles cités dans l’Ancien Testament ont été donnés pour préserver les caractéristiques de la religion et de la culture d’Israël, mais, comme c’est indiqué dans Galates 3, 22-25, les chrétiens ne sont plus liés aux lois juives, car, par la foi, nous sommes unis aux paroles du Christ, et non liés au livre du Lévitique.

Il est sûr que les questions éthiques concernent toutes les cultures et tous les peuples de tout temps. Par la suite, ces réflexions ont donc rejailli du temps de Jésus-Christ, qui ne dit rien au sujet de l’homosexualité. En revanche, il nous parle abondamment d’amour, de justice, de miséricorde, et de foi.

6) Romains 1, 24-27
La plupart des livres du Nouveau Testament, y compris les quatre Évangiles, sont silencieux sur des actes dits homosexuels. Paul est le seul auteur qui fasse allusion à ce genre de relation. La seule déclaration négative de Paul à propos de ces actes se trouve dans Romains 1, 24-27. Dans le contexte d’une explication plus large sur le besoin partagé par tout le monde de se tourner vers l’Évangile de Jésus-Christ, certains comportements homosexuels sont cités comme exemple d’impureté de païens idolâtres.

Ce passage concerne-t-il tous les actes homosexuels, ou certains comportements homosexuels connus des lecteurs de Paul ? L’épître aux Romains a été écrit pour les chrétiens juifs et non juifs de Rome, qui auraient été habitués aux abus sexuels de leurs contemporains, particulièrement par des empereurs romains. Ils se seraient également rendus compte des tensions dans l’église primitive concernant les païens et l’observation des lois juives, voir aussi dans Actes 15 et dans l’épître de Paul aux Galates. Les lois juives dans le Lévitique mentionnent des actes entre hommes dans un contexte d’idolâtrie uniquement.

7) Qu’est-ce que la « Nature » ?
La signification du discours de Paul est que ces païens impurs changeaient ce qui était naturel pour eux (= phusin, dans le texte grec.) pour quelque chose de contre nature (= para-phusin.) Dans Romains 11; 24, Dieu agit d’une façon non naturelle quand il accepte des croyants non juifs.

Le terme  » contre-nature  » dans ces passages ne se réfère pas à la violation de soi-disant lois de la nature, mais plutôt à une action qui va contre sa « propre » nature. Dans cette perspective, nous pouvons remarquer qu’il est contre-nature pour une personne à orientation homosexuelle d’essayer de vivre selon un mode de vie hétérosexuel.

Romains 1,26 est le seul passage où apparaît dans la Bible une possible référence à une attitude saphique, bien que l’intention de ce verset ne soit pas clair. Quelques auteurs ont vu dans ce passage une référence à une femme adoptant un rôle dominant dans une relation hétérosexuelle. Étant donné le poids culturel pesant sur la femme à l’époque de Paul, ce sens peut être possible.

Les pratiques homosexuelles citées dans Romains 1,24-27 étaient prises comme étant le résultat d’idolâtrie et associées à d’importantes offenses contre Dieu (cf. Rm 1) Pris dans un contexte plus large, il paraîtrait aujourd’hui évident que ces actes sont différents des relations homosexuelles responsables et pleines d’amour.

8) À propos de la Bible:
La Bible est un ensemble de textes qui couvrent plus de mille ans d’histoire et qui racontent l’histoire des relations de Dieu avec le peuple hébreu et les premiers chrétiens. Elle a été écrite en plusieurs langues, nourrie par les styles et les formes littéraires de l’époque, elle reflète des cultures qui sont très différentes des nôtres. Voilà des éléments importants pour comprendre convenablement la Bible et son contexte.

Il y a de grandes différences doctrinales entre les diverses dénominations chrétiennes, qui utilisent la même source. De telles différences ont amené quelques chrétiens à dire que d’autres ne sont pas vraiment des chrétiens! La traduction biblique et la théologie diffèrent d’église à église. Elles changent également selon les époques. Il y a approximativement 150 ans aux États-unis, un groupe de chrétiens soutenaient qu’il y avait deux catégories pour l’ordre moral : les noirs et les blancs.

Des blancs ont alors pensé qu’ils étaient supérieurs aux noirs, donc selon eux, la soumission et l’esclavage des noirs étaient voulus par Dieu. Le clergé qui a soutenu ces idées si répugnantes s’est réclamé de l’autorité de la Bible. Le conflit sur l’esclavage a amené des divisions qui ont donné naissance à quelques importantes dénominations chrétiennes. Ces mêmes groupes, naturellement, ne sont plus favorables à l’esclavage aujourd’hui. La Bible a-t-elle changé? – non !, seule son interprétation change!

9) De nouvelles informations réfutent les anciennes idées :
Quelles sont les influences qui nous ont conduits vers un chemin nouveau de compréhension des Écritures ?

De nouvelles informations scientifiques, les changements sociaux et l’expérience personnelle ont peut-être été le fer de lance pour changer l’interprétation de la Bible et tout ceci nous a aidés à faire grandir notre foi. La conscience scientifique de l’orientation homosexuelle n’existait pas jusqu’aux 19ème siècle.

La plupart des églises chrétiennes, y comprit la MCC, croit que la Bible est inspirée par Dieu et est la source principale de l’autorité pour la foi chrétienne. C’est pourquoi, ce qu’enseigne la Bible sur un certain nombre de thèmes, incluant la sexualité, est d’une grande importance.

Cependant, le problème est que la Bible dit peu de choses sur certains sujets et les conceptions des gens vis-à-vis de ces sujets sont bien plus nourries par d’autres sources, qui sont alors lues dans les affirmations bibliques. Cela a été particulièrement vrai pour l’homosexualité, mais heureusement, les connaissances récentes réfutent les précédentes hypothèses et conclusions.

10) Pas de loi contre l’Amour:
La rareté avec laquelle Paul parle des formes de relations entre personnes de même sexe et l’ambiguïté dans les références lui étant attribuées, font que l’on ne peut absolument pas faire de conclusion sûre sur la position du Nouveau Testament vis-à-vis de l’homosexualité, spécialement dans un contexte d’amour et de relations responsables. Puisque certains sujets sont passés sous silence, il est d’autant plus important de se tourner vers les grands principes de l’Évangile enseignés par Jésus-Christ et par les Apôtres.

-« Aime Dieu de tout ton coeur, et aime ton prochain comme toi-même. Ne juge personne de peur d’être jugé!

– Le fruit de l’Esprit Saint est l’Amour contre lequel il n’y a pas de loi! »

Un point est très clair, Paul déclare dans Ga 5,14 :  » La loi toute entière trouve sa plénitude dans la parole suivante : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

11) 1 Corinthiens 6,9 et Timothée 1,10:
Certaines considérations sur des affirmations du Nouveau Testament concernant relations homosexuelles doivent être remises avec précaution dans le contexte socioculturel gréco-romain, dans lequel Paul a vécu son ministère. La prostitution et la pédérastie (= relation sexuelle d’un homme adulte avec un enfant) étaient un des actes sexuels les plus communément pratiqués entre personnes masculines de même sexe.

Dans la traduction du Roi James, nous pouvons lire dans 1 Co 6,9 que Paul accuse ceux qui sont « efféminés » et ceux qui « abusent d’eux-mêmes ». Malheureusement, certaines traductions contemporaines sont pires car elles utilisent le terme « homosexuel ». Des recherches récentes démasquent une homophobie derrière ces mauvaises traductions.

Le premier mot dans le texte grec « malakos » a été traduit par « efféminé » ou « doux » faisant plus probablement références à quelqu’un qui manque de discipline et de contrôle moral. Ce mot est utilisé dans d’autres passages du Nouveau Testament, sans jamais se référer à la sexualité.

Le deuxième mot grec que l’on trouve est « arsenokoitai », il est cité une fois dans Corinthiens et une fois dans Timothée, mais nulle part ailleurs dans d’autres textes littéraires de cette époque. Il est dérivé de deux mots grecs, l’un signifiant le « mâle, l’homme », et l’autre signifiant « lit », ce qui donne un euphémisme pour parler d’un rapport sexuel. D’autres mots grecs existaient pour décrire une attitude « homosexuelle » mais ils n’apparaissent nul part dans les textes du Nouveau Testament. Le contexte plus large de 1 Co 6, nous voyons un Paul extrêmement concerné par la lutte contre la prostitution, ainsi il est possible qu’il se réfère à la prostitution masculine de cette époque.

Plusieurs experts maintenant tentant de traduire ces mots parviennent à la conclusion que « leur sens précis restent incertains voire flous ».

12) D’autres commentaires :
« L’homosexualité, que le Nouveau Testament critique, est la relation pédéraste dans la culture gréco-romaine. Les attitudes et le langage exclusif contre la pédérastie sont l’héritage du milieu juif. »
Robin Scroggs, professeur de théologie biblique à l’ Union Theological Seminary, New York City

« Personne ne peut être absolument certain que les deux mots clés dans 1 Co 6,9 fassent référence à un comportement homosexuel adulte. »
Victor Paul Furnish, professeur du Nouveau Testament à Perkins School of Theology, Dallas Texas

« L’argument le plus fort contre l’activité homosexuelle, comme étant intrinsèquement immoral, a été traditionnellement emprunté à l’épître aux Romains 1,26, où ce comportement est indiqué comme étant  » para-phusin ». La traduction en anglais standard fut  » contre nature ».

Deux interprétations peuvent justifier ce que Paul pensait par là : il a pu premièrement se référer à un païen qui ne contrôlait plus sa libido et s’adonnait pour cette raison à de nouveaux plaisirs sexuels.

La deuxième possibilité est que « phusin » se réfère à la « nature » du peuple élu qui selon les lois du Lévitique avait l’interdiction d’avoir des relations homosexuelles. »
John J. McNeill, professeur adjoint en psychologie à l’ Union Theological Seminary, New York City

« Une lecture plus approfondie des paroles de Paul, sur des actes homosexuels dans Rm 1 , remet en cause l’interprétation moderne de ce passage. Paul ne niait pas l’existence d’une distinction entre pur et impur et il présupposait même que les nouveaux chrétiens issus du judaïsme souhaitaient continuer à observer le code de pureté. Cependant, il se retient de conceptualiser une impureté physique et pécheresse, de même, il se retient de forcer les païens nouvellement convertis à adhérer à ce code de pureté. »
L. William Countryman, professeur de Nouveau Testament à l’école
Church Divinity of Pacific, Berkeley, CA

 » Le mot hébreu « toevah« , ici traduit par « abomination », ne signifie pas habituellement quelque chose d’intrinsèquement mauvais comme peuvent l’être le viol, le vol ( cité dans le Lévitique), mais quelque chose qui est rituellement impur pour les juifs, comme par exemple : manger du porc, avoir des relations sexuelles durant la période des menstruations. Ces deux points sont interdits dans ce même chapitre. »
John Boswell, professeur d’histoire à l’université de Yale, New Haven

13) Lectures Utiles:
Les livres suivants sont fortement conseillés pour ceux qui souhaiteraient approfondir les questions de l’homosexualité en lien avec l’identité chrétienne:

Boswell, John (1980) Christianity, Social Tolerance, and Homosexuality
Chicago: University of Chicago Press.

Countryman, L. William (1988). Dirt,Greed, and Sex: Sexual Ethics in the New Testament and Their Implication for Today.
Philadelphia: Fortress Press

Edwards, George R. (1984). Gay-Lesbian Liberation : a Biblical Perspective.
New York, Pilgrim Press

Furnish, Victor Paul (1979). The Moral Teaching of Paul.
Nashville: Abingdon Press

Horner, Tom (1978). Jonathan Loved David: Homosexuality in Biblical Times.
Philadelphia : Westminster Press.

McNeill, John J. (1988). The Church and the Homosexual
Boston: Beacon Press. Publication originale de 1976.

Scanzoni, Letha et Virginie Ramey Mollenkott (1978). Is the Homosexual My Neighbor?
New York: Harper and Row.

Scroggs, Robin (1983). The New Testament and Homosexuality.